Réunion sur le CPE à l'Elysée lundi, tractations en coulisses
samedi 08 avril 2006 (Reuters - 20:27)
PARIS - Les discussions sur le contrat première embauche sous l'oeil des caméras ont laissé ce week-end la place à des consultations tous azimuts en coulisses, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy cherchant chacun de leur côté le moins mauvais scénario de sortie de crise.
L'Elysée a fait savoir en fin de journée samedi que la décision serait prise lundi matin à l'issue d'une réunion présidée par Jacques Chirac en présence du Premier ministre et du président de l'UMP.
Les présidents de groupes UMP de l'Assemblée nationale et du Sénat, Bernard Accoyer et Josselin de Rohan, "viendront présenter leurs propositions au président de la République (...) et la décision sera prise à l'issue de cette réunion", a fait savoir la présidence de la République.
On ignore pour l'instant quand et sous quelle forme cette décision sera annoncée.
Dans l'intervalle, le Premier ministre s'est attelé à "un week-end de travail, de consultations et de réflexion", agrémenté d'un jogging matinal en compagnie de son fils dans les rues de la capitale, à la veille du marathon de Paris.
Le président de l'UMP a également multiplié les contacts téléphoniques.
Après une discussion avec Dominique de Villepin en milieu de journée, Nicolas Sarkozy s'est entretenu tour à tour avec Bernard Accoyer et Josselin de Rohan, le secrétaire général de l'Elysée, Frédéric Salat-Baroux et le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a-t-on précisé dans l'entourage du ministre de l'Intérieur.
Selon plusieurs quotidiens, le texte appelé à "remplacer" l'article VIII de la loi sur l'égalité des chances, qui instaure le CPE, était prêt dès vendredi, mais il a finalement été remisé faute d'un "feu vert de Matignon". Un scénario réfuté par l'entourage du Premier ministre où l'on insiste sur l'esprit d'apaisement prôné par Dominique de Villepin lors de sa conférence de presse mensuelle jeudi.
La solution avancée par les parlementaires de l'UMP - en accord avec Nicolas Sarkozy - consisterait à cibler le futur dispositif sur les jeunes en difficulté et non plus sur l'ensemble des moins de 26 ans, comme c'est le cas pour le CPE.
"ABROGATION N'EST PAS UN MOT GROSSIER"
"En résumé, il y a deux solutions: le remplacement, dont les détails seront finalisés plus tard, ou ... pas de sortie de crise", estime un proche du président de l'UMP. "Plus une crise est longue dans le temps, plus les marges de manoeuvre se réduisent."
Ces atermoiements sur la forme et le fond laissent les syndicats de marbre, qui s'en tiennent à leur exigence de retrait pur et simple du CPE, et font le miel du Parti socialiste.
"Ce que l'on veut c'est que le CPE disparaisse et qu'il ne s'applique jamais. La méthode choisie pour que le CPE disparaisse et qu'il ne s'applique pas sera la bonne", a expliqué samedi François Chérèque, mettant au même rang abrogation et retrait.
"Le mot abrogation n'est pas un mot grossier, un mot tabou, c'est le seul qui est adapté", a renchéri le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, en clôture des Etats généraux du PS, délocalisés à Rennes.
Sur le terrain, les anti-CPE ne relâchent pas la pression, soucieux de démontrer que les vacances de Pâques, qui ont débuté vendredi pour les académies de Paris et de Bordeaux, ne changeront pas la donne.
D'ores et déjà, l'UNEF, la FIDL et l'UNL ont appelé à une nouvelle journée de manifestations dans toute la France mardi.
Après une manifestation place Bellecour, la coordination étudiante s'est réunie samedi pour le huitième week-end consécutif, sur le campus de Bron.
Plusieurs centaines de délégués doivent débattre pendant tout le week-end, avant un vote sur la suite des blocages d'universités dimanche.
Près de Toulouse, plusieurs dizaines d'étudiants, d'intermittents et de précaires ont occupé pendant quelques heures l'entrée d'un supermarché Auchan.
A Pau, la rencontre de Coupe Davis opposant la France à la Russie a été perturbée par deux jeunes filles qui ont fait irruption sur le court en arborant des T-shirt "Non au CPE".
Dans la nuit de vendredi à samedi, quelques dizaines d'étudiants avaient occupé le centre de tri postal de Rennes-Saint-Jacques, qui gère la distribution du courrier sur le Grand Ouest.