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Sans imagination, les Bleus concèdent le nul face à la Suisse

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Sans imagination, les Bleus concèdent le nul face à la Suisse

epuis quelques mois, Raymond Domenech le répète, il n'a que deux dates en tête. Le 13 juin, pour l'entrée de la France dans la Coupe du monde contre la Suisse, et le 9 juillet, pour la sortie rêvée des Bleus par la grande porte d'une finale mondiale. Et tous – joueurs, observateurs, supporters – s'accordaient à penser que la route vers le 9 juillet passait forcément par un bon début dans la compétition, et donc par une victoire, ce mardi 13 juin.



Malgré la présence dans le onze de départ de neuf joueurs de l'équipe type du piteux Euro 2004, l'équipe de France commence sa Coupe du monde dans l'incertitude. Que ce soit dans le jeu, dans l'esprit, dans la condition physique, ces Bleus sont à la recherche de certitudes et de confiance. En bouleversant son organisation tactique au dernier moment, et en lançant d'entrée le feu follet Ribéry, Raymond Domenech adopte une démarche heuristique : il tâtonne, avance par à coups en espérant trouver son équipe.

Ce match contre une formation suisse décomplexée arrive donc comme le premier révélateur, et en dira plus sur les possibilités réelles des Zidane et autres Henry que tous les matches disputés depuis deux ans.


SOLEIL DE PLOMB


Le sélectionneur helvète Köbi Kuhn ne connaît pas les mêmes soucis. Son équipe est en pleine phase ascendante, et s'appuie sur un collectif parfaitement rôdé plutôt que sur des individualités. Le discours des joueurs suisses transpirent la volonté d'être enfin reconnus au plus haut niveau, et les retrouvailles avec le voisin français arrivent à point dans un match où la Suisse a tout à gagner. Et à l'expérience des grands rendez-vous des Français, les Suisses souhaitent opposer leur culot et leur enthousiasme pour jouer crânement leur chance.

Sous un soleil de plomb, la rencontre commence sur un rythme assez lent, un round d'observation se jouant entre les deux équipes. La France s'applique à se placer correctement sur le terrain, et fait tourner le ballon au maximum, tandis que les Suisses, placés plus haut, cherchent le contre. L'animation offensive des Bleus est en ce début de match bien trop approximative pour déséquilibrer l'arrière-garde helvète, bien regroupée autour de Patrick Muller. Frank Ribéry teste l'arrière droit Philipp Degen (4e minute), avant que sur l'aile opposée, Wiltord ne sollicite Henry d'un centre que l'avant-centre reprend au dessus (5e). Lancé par Abidal, Ribéry déboule dans la surface adverse mais un tacle parfait de Muller écarte le danger (7e).


MANQUE DE RYTHME


Les Bleus font circuler sans vraiment accélerer, en se déchargeant de cette tâche sur le seul Ribéry. Côté suisse, il faut attendre la 11e minute pour voir la première frappe, signée Cabanas et largement à côté. Il est imité par le milieu de terrain Barnetta, qui alerte des 30 mètres un Fabien Barthez très sûr sur sa ligne (18e minute). La physionomie de la rencontre s'est alors inversée, les Suisses occupant le terrain, les Français opérant par contres. Zidane lance ainsi Henry sur l'aile gauche, qui centre en retrait, sans aucun Bleu à la réception.

Dans un match aussi fermé, la solution vient souvent de coups de pieds arrêtés. Et sur un coup franc de Barnetta, la Nati est proche de l'ouverture du score. L'attaquant Frei est étrangement esseulé et effleure un ballon qui finit sa course sur le poteau de Barthez. Le cuir retombe sur Frei qui ne peut reprendre correctement (23e minute). Avertissement sans frais pour les Tricolores, qui semblent retomber dans certains travers de la Coupe du monde asiatique. Manquant de rythme, étouffés par la chaleur, lents dans leurs déplacements, les Français inquiètent.

Le match retrouve un peu d'intensité dans le dernier quart d'heure de jeu. Thierry Henry frappe par deux fois au but, mais sans conviction, avant que Ribéry ne se retrouve seul sur son aile droite après un raté de Senderos. Le Marseillais fonce vers le portier Zuberbuehler, le fixe, centre en retrait vers Henry... mais sa passe est mal ajustée, et Henry doit contrôler avant de frapper. Dans la panique, son tir est repoussé par Muller, apparemment du bras (37e minute). Les Français ont beau crier au penalty, l'arbitre russe ne siffle pas. Cette action litigieuse réveille quelque peu les Tricolores pour la fin de la première mi-temps : Henry fait parler sa vitesse mais ses deux frappes sont d'une mollesse étonnante et sans danger pour le gardien suisse (39e et 44e minute).


OCCASIONS DANS LES CINQ DERNIÈRES MINUTES


Au retour des vestiaires, les Français rentrent mieux dans la partie. Positionnés plus haut, ils imposent un jeu en passe courte dans le camp suisse. Sur un jeu en triangle, Vieira hérite du ballon à l'entrée de la surface, il arme sa frappe... qui passe dix mètres à côté des cages (47e minute). Ce dernier geste raté illustre la faiblesse technique générale. Tant du côté français que du côté suisse, l'animation offensive est laborieuse. Les rares occasions viennent sur des accélérations soudaines, à l'image de celle de Barnetta, qui est contré in extremis par Gallas (61e minute), ou sur des longs centres des latéraux suisses. A la 64e minute, Magnin décale Gygax au second poteau. L'attaquant suisse place une tête à bout portant... mais Barthez est parfaitement placé pour repousser le ballon en catastrophe.

Les Bleus de Raymond Domenech sont malmenés, le spectre du Mondial 2002 plane. L'équipe est coupée en deux, manque de cohésion et de répondant. Mais la Nati de Köbi Kuhn se montre elle aussi incapable de prendre le jeu à son compte, et n'offre pas plus de spectacle sur un match qui compte parmi les moins intenses de ce Mondial.

Il faut attendre les cinq dernières minutes pour voir des occasions. Chaque équipe verra la réussite lui tourner le dos : d'abord Dhorasoo, rentré en jeu, qui voit sa frappe soudaine frôler le poteau de Zuberbuehler (89e minute). Puis sur un nouveau coup franc tendu de Magnin, l'avant-centre Frei manque d'un cheveu de propulser le cuir au fond des filets de Barthez (92e minute). Ces quelques frissons ne font qu'alimenter la frustration qui ressortira d'une rencontre fermée, sans rythme et d'une faiblesse technique inquiétante. Ce dont témoignent fatalement les statistiques : seulement sept tirs cadrés au cours de la rencontre (3 pour la France, 4 pour la Suisse), et cinq malheureux corners (4 pour la France, 1 pour la Suisse).

Pour leur premier match de ce groupe G, les Bleus jouaient autant pour gagner que pour se découvrir en tant qu'équipe. Aucun de ces deux objectifs n'a été rempli, et les doutes sur leur capacité à hausser leur niveau restent entiers. Le sélectionneur Raymond Domenech peut toujours se féliciter d'avoir " fait perdre deux points à un adversaire direct ", son équipe de France ressemble terriblement à celle qui avait chuté en 2002 et en 2004. Le deuxième match face à la Corée du Sud, dimanche 18 juin à 21 heures, sera crucial dans la course à la qualification.  

Erwan Le Duc
也许这就是命运!                                        [img]
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